Seul, désemparé, déchiré, je cherche à te fuir.
Toujours tu me devances même si je ne te sens plus
venir
devant ni derrière moi.
Ta ponctualité n'est que le reflet de ma propre
individualité.
Te combattre, c'est faire naître de plus en plus
ta grande satisfaction de me savoir vaincu d'avance.
Parfois tu te retrouves mêlée parmi d'autres ombres
sans être du nombre.
Ta réalité ne peut que me faire prendre conscience de
l'être vivant que tu es, qui me fait asseoir sur la
poussière du simple mortel que je suis.
Dis-moi mon ombre !
Quelle est donc cette aisance que tu as de t'affirmer si
chaudement avec tes frères d'âmes, alors que moi qui
suis ton créateur je ne puis m'en faire accepter.
Cette souffrance de ta vérité ne fait que grandir en moi
tout désespoir d'un bonheur simple et résistible.
Face à toi mon ombre, je ne deviens que l'ennemi de
l'ultime imaginaire espoir de cet amour impossible.